Interview d’un papa solo

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Bonjour, aujourd’hui au lieu d’écrire un article, je laisse la parole à un papa solo qui nous fait le plaisir de partager à travers cette interview sa vie de parent séparé avec les joies et les peines qu’il traverse.

Il nous raconte son histoire, les raisons de sa situation familiale, sa nouvelle vie de papa solo, ses envies, ses regrets, ce qu’il conseille à ceux qui voudraient se séparer, sa vision de l’amour après une rupture violente et difficile, l’impact sur son enfant de la rupture, son message à toi papa ou maman solo qui peut te reconnaître en lui.

Si toi aussi, maman ou papa solo, tu souhaites partager un témoignage sur  ta vie présente ou passée de parent célibataire, contactes-moi sur lanouvellemamansolo @ gmail.com (sans les espaces). Ce sera avec grand plaisir que je te publierais ici car mon but est de rompre le sentiment de solitude, d’isolement, d’exclusion que peut ressentir tout parent à être solo. Le soutenir en lui rappelant que non il n’est pas le seul parent solo de la terre et que d’autres comme lui vivent plus ou moins bien leur existence monoparentale. Avec son lot d’espoir, de souffrance, de peurs, de questions. Tout en restant vivant et avec ses valeurs.

J’ai eu beaucoup de plaisir à échanger avec lui et t’invite à le lire.

Bonjour, peux-tu te présenter ?

Bonjour,

J’ai pour pseudo sur le net « Herenui », j’habite en banlieue parisienne et suis le papa d’un petit garçon de 5 ans. J’ai actuellement 41 ans et je vis en région parisienne. Je suis cadre dans une grande entreprise et travaille à Paris.

J’ai la garde alternée. Une semaine chacun donc. Je récupère mon fils le vendredi soir à l’école, nous profitons du week-end et attaquons la semaine ensemble. Je trouve que l’idée n’est pas mal car elle permet de reprendre la semaine sur un rythme tranquille (contrairement au lundi soir où tu dois enchaîner et tu ne profites qu’en fin de semaine…).

Je m’implique énormément dans la vie et l’éducation de mon fils, et nous parlons beaucoup avec sa mère sur le sujet. Cela évite ainsi de faire des doublons, permet de gérer l’emploi du temps de l’enfant pour ne pas qu’il ait des périodes surchargées (invitations, sorties, voyages…), et connaître le comportement en positif et négatif du fiston afin de le recadrer ou le féliciter et lui faire comprendre que bien que ses parents ne soient plus ensemble, ils sont au courant de tout.

Depuis combien de temps es-tu solo ?

Nous sommes séparés depuis un peu moins de deux ans et demi.

Je suis parent à mi-temps depuis maintenant un an et demi. Nous avons cohabité avec sa maman pendant neuf mois afin de préparer la séparation au mieux.

A cette époque, je travaillais en horaires décalés. J’ai pris une chambre au foyer pendant cinq mois à proximité de mon travail. Dès que j’avais des jours de repos, je rentrais et mon ex-femme n’avait alors qu’une envie : sortir, aller s’amuser, voir des amis, et je l’ai su par hasard et plus tard, avoir une relation. Donc voilà : j’arrivais et 30 minutes plus tard, je me retrouvais seul avec mon fils, cela peu importe mon état d’esprit et de santé… Je l’ai très mal vécu…

Nous avons aussi cohabité dans l’appartement pendant quatre mois où j’ai squatté le canapé, avec cette même dynamique d’arrivées et de départs au quotidien.

Quelle est la cause de la séparation ?

Ce sont mes déductions car nous n’avons jamais pu en discuter sereinement. Je risque donc de donner ma vision des choses même si j’essaie d’être le plus objectif possible.

Nous sortions beaucoup, faisions des voyages, avions une vie en osmose et en parfaite harmonie. Tout allait très bien jusqu’à l’arrivée de notre fils.

Après l’accouchement, le bébé a forcément été le centre des occupations et des préoccupations. Je pense que mon ex-femme ne s’était pas totalement préparée à ça. Malgré les horaires décalés, la fatigue due au bébé et en raison des insomnies de mon ex-femme, je faisais mon maximum afin de soulager son quotidien : je m’occupais du petit dès mon retour du boulot, effectuais la plupart des tâches ménagères et autres, me levais la nuit quand il le fallait. C’est ainsi que je lui montrais combien je tenais à elle et combien ils comptaient pour moi. Tout ça au dépend de ma santé physique et par moment ma santé morale car je dormais au final très peu. Chose très importante, nous n’avions pas du tout de réseau, c’était donc du 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les quelques amis qui avaient promis de nous aider et nous faire souffler n’étaient au final que très peu disponibles et il fallait prévoir plusieurs mois à l’avance (sans oublier les contretemps de dernière minute).

Quand bébé a commencé l’école, j’en ai profité pour passer un examen afin de pouvoir changer de métier (après discussion et accord de mon ex-femme) pour avoir une vie de famille beaucoup plus simple, sachant que je serais beaucoup moins disponible pendant quelques mois. Au final, elle a imaginé que je ne m’intéressais plus à elle car je voulais absolument réussir et mettais tous les moyens de mon côté.

Elle est tombée enceinte, a dû avorter et a cru que je ne me sentais pas du tout concerné. Une phrase mal interprétée (et maladroite, chacun sa version) et elle m’a rejeté, a souhaité vivre son avortement seule. Trois semaines avant mon examen final m’a dit qu’elle voulait divorcer.

Au-delà de cet épisode malheureux, elle pensait qu’à l’arrivée de bébé nous aurions notre vie de parents, complétée par notre vie d’avant, ce qui n’était bien sûr plus possible. Elle s’est sentie enfermée dans une vie qu’elle ne maîtrisait plus alors que je lui répétais qu’il suffisait juste d’attendre que notre enfant acquière de l’indépendance, mais elle n’a pas tenu. Elle avait besoin de s’oxygéner et est devenue très égocentrique. Moi, moi et moi…

J’étais devenu la cause du problème car pour elle j’avais changé. Je trouvais ça normal car étant parent, les priorités et les desiderata ne sont plus les mêmes. Par contre, elle estimait de son côté qu’elle était toujours pareil. Une incompréhension s’est mise en place et je n’ai pas pu m’expliquer et prouver que beaucoup de ses arguments étaient infondés.

Pour résumer, il n’y a pas eu de gentil et de méchant dans notre histoire. Des événements se sont produits, la façon de voir les choses et de les vivre a été différente. L’une des deux personnes s’est dit qu’elle arrivait au bout tandis que l’autre était persuadé que l’on était loin de l’impasse. Une histoire de point de vue et de sensibilité. Mais une histoire aussi où tous ont été profondément blessés…

Qu’est-ce qui a changé dans ta vie depuis que tu es parent solo ?

J’ai d’abord reçu un choc d’une violence inouïe. Nous avions des projets, des envies et en l’espace de trois mois, sept ans de vie commune se sont effondrées. Toutes mes idées sur la famille se sont volatilisées. J’ai dû remonter la pente très vite pour mon fils et pour organiser la séparation.

J’ai un quotidien que je n’ai pas du tout choisi et je dois m’adapter. J’ai un rythme et un style de vie pour lequel je dois être en accord. La garde alternée m’oblige à organiser à la minute les semaines où j’ai mon fils car bien sûr tout ce qui tourne autour de lui (école, sport, copains…) est du côté de chez sa mère alors que c’est elle qui a décidé de partir (je vis vraiment ça comme une injustice). J’espère seulement qu’il n’arrive rien de grave pendant ces semaines, car travaillant sur Paris, je ne suis pas disponible au plus vite.

Les semaines où je ne l’ai pas, je fais toutes les choses que je ne peux pas faire, reste au boulot un peu plus longtemps pour compenser le temps que je n’ai pas forcément quand j’ai mon fils, et m’autorise une sortie de temps en temps. Quand arrive le mercredi, je commence à préparer avec bonheur le retour de mon fils.

Financièrement j’ai récupéré tous nos biens immobiliers. C’est un choix personnel et mon ex-femme ne voulait rien garder. Mon pouvoir d’achat est bien sûr amputé de façon considérable et certaines fins de mois se font en tirant un peu la langue, mais on n’a rien sans rien. Je fais un pari sur la vie en espérant pas trop d’imprévus pour les prochaines années.

Malgré cela, je peux faire découvrir le monde et ses possibilités à mon fils, et c’est l’essentiel.

Que fais-tu quand tu n’as pas le moral pour te rebooster ?

Le moral est vraiment fluctuant. Il y a des jours où tu pourrais sauver le monde et d’autres où tu es plus bas que terre. Je ne craque pas devant mon fils, je ne craque pas au boulot. Il m’arrive d’avoir la larme à l’œil dans la voiture juste après avoir déposé mon fils à l’école, ou encore juste avant d’ouvrir la porte de l’immeuble du travail. Je prends quelques secondes, me ressaisis et continue sans hésiter.

Je ne me projette plus, vis à la semaine. Je suis fier de moi quand la semaine s’est bien passée, et attaque la suite avec la même dynamique. Je ne sais pas comment sera fait l’avenir. Il dépend d’éléments que je ne maîtrise pas comme le comportement de mon ex-femme. Je suis indirectement lié à elle jusqu’à l’indépendance totale de mon fils.

Je n’attends plus rien de personne, et toute aide vient en complément. Ainsi, je ne suis pas déçu des autres et quand une surprise arrive, je la prends positivement.

 Que dirais-tu à un parent solo qui voudrait se séparer mais qui a peur de le faire ?

C’est une décision qui impacte une famille, qui va impacter sa propre vie. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Il faut vraiment avoir épuisé toutes les possibilités, être sûr et certain que les sentiments pour l’autre ont disparu ou être dans une situation horrible, voir dangereuse pour franchir le pas… Ce qui m’énerve encore plus dans mon cas, c’est que mon ex-femme m’a sorti un « c’est dommage » juste après avoir dit qu’elle voulait divorcer.

Au-delà de la séparation, je pense qu’il faut surtout se dire pour chaque évènement qui va conditionner sa vie : « suis-je capable ? ». Le couple, le mariage, les enfants, un examen… sont des éléments de vies qui vont forcément conditionner le reste. C’est à ce moment qu’il faut peut-être se poser la question. Il ne faut pas hésiter à dire non, ou repousser une échéance si l’on ne se sent pas capable. Chacun a sa sensibilité des choses. Chacun son degré de tolérance.

Je pense aussi que la séparation, surtout quand des enfants sont concernés, se prépare intelligemment. Il ne faut pas être égoïste et ne penser qu’à se venger de l’autre même si l’on souffre. Les enfants sont de vraies éponges et encaissent tout ce que les parents font ou disent. Il faut les protéger de cette décision d’adultes dont ils seront les premières victimes, leur faire comprendre que ce n’est pas de leur faute et que ça ne concerne que papa et maman.

Comment tes enfants se portent depuis la rupture ?

Au début, il l’a mal vécu. Il posait beaucoup de questions du genre : « papa n’est plus amoureux de maman ? » et vice-versa. Je lui répondais par la négative alors que ce n’était pas vrai afin de protéger mon fils et pour ne pas qu’il rejette la faute entièrement sur sa mère. Car je reconnais aussi avoir eu des maladresses dans la façon d’aimer mon ex-femme. La séparation s’est faite dans un calme apparent pour lui. J’ai beaucoup pris sur moi et lui ai caché certains comportements de sa mère (que j’estimais intolérable pour une mère mais que je pouvais comprendre en tant que personne fragilisée). Je le répète, l’enfant est victime de la situation et il ne faut pas qu’il devienne acteur. Il faut le protéger.

Je suis très présent dans sa vie et m’organise pour lui faire découvrir le monde et ses possibilités. Il a déjà fait et vu énormément de choses pour un gamin de son âge (sorties, bricolage, jardinage, voyages, sport…). Pour des événements spéciaux et importants pour lui comme Noël ou autres, j’invite sa mère à partager ces moments. A elle d’accepter ou non. A cet instant, il ressent une fierté de montrer ce qu’il a fait, ce qu’il a reçu, ce qu’il a accompli. Bref, il s’épanouit comme tous les autres enfants, ce qui est rassurant. Et ça n’a pas de prix…

J’ai suivi des séances auprès d’un psy pendant un certain temps. Celui-ci qui a une expérience certaine m’a dit qu’il n’y avait pas d’incidence pour les enfants divorcés. Pour exagérer le portrait, ils ne devenaient pas plus psychopathes ni délinquants que les autres, et n’alimentaient pas plus la catégorie des futurs divorcés. Cela m’a rassuré.

Quelle  est ta vision de l’amour et de la vie de couple après la séparation ?

De mon expérience personnelle j’ai maintenant ma propre définition de l’Amour. Pour moi il est constitué de trois éléments :

  • L’amour minuscule. Le sentiment que l’on a pour l’autre et qui fait que la personne est différente et attirante,

  • Le savoir aimer. Montrer à l’autre qu’on l’aime, lui dire et lui prouver à chaque instant de sa vie mais aussi avoir une réciprocité,

  • Le pouvoir aimer. Être capable de montrer son amour, d’apporter ce que l’autre désire sans pour autant devenir son esclave. Pouvoir faire des compromis car il peut arriver que l’on attende trop de l’autre.

J’ai encore plein d’interrogations sur la vie de couple car au final je viens seulement d’en finir avec mon divorce. J’en ai terminé avec toutes les procédures après deux ans de rendez-vous, d’administrations, de photocopies et documents diverses. Tu n’es pas décideur mais tu dois faire toutes les démarches. Encore un sujet qui pourrait être abordé…

Aujourd’hui, je ne sais pas si je suis capable de partager mon quotidien avec quelqu’un. Je ne sais pas surtout si je serai capable de donner autant que je l’ai fait, car j’ai un peu l’impression de m’être fait arnaquer. Il faudrait que je retrouve l’extraordinaire qui permettrait de me remettre en question. La priorité reste et restera mon fils, c’est un fait qu’il ne faudra pas non plus négliger.

Je pourrais aussi accumuler les aventures et les sorties afin de masquer ces interrogations et combler un manque affectif certain. J’ai beaucoup fait cela étant plus jeune. Je sais que de toute façon il y a un retour de bâton et que la vérité ressurgit à un instant. Je préfère donc rester honnête envers moi-même et envers l’autre.

As-tu un message à partager avec les autres parents solos ? Avec les papas solos ? Avec les mamans solos ?

Trouvez du positif dans tout ce que vous faîtes. Si les autres ne le voient pas ou ne le savent pas, vous le savez. Organisez-vous bien, trouvez un peu de folie dans un quotidien qui n’est pas évident.

Acceptez d’être imparfait ou maladroit. Vous avez peut-être plus de circonstances atténuantes. Prenez conscience de ce qui est important de ce qui l’ai moins. Gérez vos priorités.

Redevenez vous-même ou devenez quelqu’un que vous souhaitez être et les choses s’équilibreront d’elles-mêmes. Demandez conseil à votre entourage mais ne vous laissez pas influencer. C’est le moment de s’écouter et de prendre ses propres décisions. Soyez patients car cela prend du temps…

 Veux-tu rajouter quelque chose à cette interview  ?

Alors les filles, mon numéro est le 06…. Non, je plaisante !!!

Soyez de bons parents, soyez de bons amis, essayez de profiter de la vie, juste autrement que ce que les clichés de la société nous imposent. Ne vous souciez pas de l’étiquette que la société veut donner à tout à chacun.

Vous êtes unique au sens propre certes mais restez unique au sens figuré.

Merci beaucoup à Herenui pour cet échange passionnant 🙂

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lanouvellemamansolo

Le site de référence pour les parents en recherche d'épanouissement personnel après une séparation ou un divorce... Pour en savoir un peu plus sur moi, RV sur ma page "A propos" ;)

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