La liste des 9 deuils d’un parent solo

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Quand on vit une séparation ou un divorce, notre énergie est concentrée sur le quotidien qu’il faut assurer à tout prix  et sa todo list rallongée par la nouvelle situation de parent solo. Difficile donc de trouver le temps de  prendre du recul sur le présent et son impact émotionnel et physique sur soi. L’urgence, c’est de continuer à vivre et préserver autant que possible les enfants. Et pourtant quand on examine de près les effets de la rupture, force est de constater qu’ils ne sont pas anodins. Se séparer, c’est une succession de deuils à faire. Et faire un deuil, c’est souvent dur et stressant. J’ai identifié dans mon cas 9 deuils à faire…Ce n’est pas rien…

1-Le deuil amoureux

Qu’on quitte ou qu’on soit quitté, c’est la fin d’une relation et l’officialisation de son échec. C’est la fin du « NOUS » à remplacer par « JE ». Nous ne ferons plus d’activités en famille. Nous ne partagerons plus de souvenirs en famille. Nous n’aurons plus la même chambre, le même lit, la même adresse. « NOUS » ne seront plus « Monsieur et Madame ». Je deviens célibataire. Je dois assumer les conséquences de cette séparation. Ce « JE », c’est une nouvelle identité à se ré-approprier. Le deuil amoureux, c’est aussi une blessure d’amour propre, celui d’avoir été rejeté(e) par l’ex, parfois brutalement ce qui traumatise encore plus. Ca fait mal de se sentir rejeté(e), ça blesse et ça pousse à se sentir dévalorisé(e). Pour celui qui part, le deuil amoureux, même s’il est signe d’une liberté retrouvée, c’est aussi l’aveu d’une erreur de casting du partenaire amoureux. On rompt parce qu’on s’est rendu compte qu’on a mal choisi son partenaire, soit parce qu’on ne le connaissait pas assez bien, parce qu’on ne partage pas les mêmes valeurs, la même vision de l’éducation des enfants ou parce qu’il a changé, ou évolué différemment de soi-même. La fin d’une relation, c’est un échec et personne n’aime les échecs surtout quand il impacte ses propres enfants. Se séparer, c’est toujours difficile, tout le monde sait ce qu’est un chagrin d’amour. C’est douloureux. Alors quand des enfants sont en jeu, la tristesse s’accompagne d’un fort sentiment de culpabilité.

La particularité de ce deuil sauf en cas d’abandon total du parent partant, c’est que l’ex-partenaire reste présent et qu’il faut trouver un nouvel équilibre familial avec un parent souvent plein de rancoeur, de colère envers l’autre. Un vrai casse-tête insoluble quand on y pense : « comment sauvegarder des relations amicales entre parents pour le bien des enfants quand l’un en veut à l’autre  ? « 

2- Le deuil de la normalité

Qu’on le veuille ou non, en France où le nombre de familles monoparentales ne cesse de grandir (il est proche de 5 milions ce qui n’est pas négligeable, la norme c’est la famille nucléaire que j’appelle aussi la famille Ricorée.) Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les publicités à la télé où apparaissent des parents souriants et des enfants heureux. Les parents solos sont peu visibles à l’écran. On les voit rarement dans les films ou les séries télévisées. On s’en rend compte aussi quand on prépare des vacances et qu’on ne trouve pas de solutions adaptées aux parents solos. Notre cas n’a pas été pris en compte alors qu’il représente un marché pour les organismes de vacances. Pourquoi ?

Le deuil de la normalité, c’est accepter que la vision du couple et de la famille telle que véhiculée par la société mais aussi par notre éducation, n’est plus le reflet de notre réalité présente. On s’est mis en couple, on s’est peut-être mariés, on a acheté un logement ensemble, a fait des enfants…on n’avait jamais imaginé que la suite de l’histoire,  c’est : « on les a élevés séparément ». Aucun conte de fées ne nous y a préparé. Nos jouets d’enfants non plus. Ken et Barbie sont amoureux, riches, jeunes, beaux et heureux. Les playmobils ont de jolies coupes de cheveux  vivent pleins d’histoires intéressantes en famille. Les legos nous font fabriquer de belles constructions. La destruction, on ne s’y est pas préparé(e).

Une autre version de ce deuil, c’est ce que j’appelle « le deuil de la petite fille modèle ». La petite fille modèle a toujours réussi avec succès ce qu’on attendait d’elle. Elle a souvent été une petite fille sage, elle a été une élève sérieuse, elle travaille, mène une vie rangée et conventionnelle, tombe amoureuse, se marie, fait un ou plusieurs enfants. Elle a souvent tout pour elle parce que tout lui a réussi. Et le jour où elle se sépare ou divorce, c’est le drame parce que pour la 1ère fois de sa vie, elle n’est pas là où on l’attendait. Elle n’est plus dans les cases. Ni mariée, ni en couple, ni célibataire sans enfants…elle est « en cours de reconstruction »…

Parent solo, tu ne seras plus jamais comme les autres. La famille qui vit sous le même toit, c’est terminé. Le mot « garde » va définir l’organisation de ta nouvelle vie. Et ce que le futur te réserve, c’est famille recomposée…Pour l’instant, c’est famille décomposée…et il faut du temps pour reconstruire…

3- Le deuil du nom de famille

Celui-ci concerne les parents mariés et plus particulièrement la maman. J’y pense car c’est mon cas. En me mariant, j’étais contente de porter le même nom de famille que mes enfants. Divorcer, c’est faire le deuil d’avoir ce point commun familial. Je reste mère mais mon nom n’est pas celui de mes enfants. « C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup » comme le disent les paroles de France Gall dans « il jouait du piano debout ».

4-Le deuil des frères et soeurs de sang

Certains parents pourront être peu sensibles à ce détail. Et pourtant, c’est une conséquence directe de la séparation. L’enfant de la séparation n’aura pas de frère ou de soeur de sang. Peut-être des demi-frères ou soeurs. Ou peut-être restera-t-il enfant unique à vie…Ces réflexions sont sources de culpabilité. On fait le deuil du papa unique avec qui on a nos enfants. Avec les familles recomposées, l’avenir potentiel, c’est d’avoir des enfants de pères ou mères différents. Mentalement, on n’y a pas été préparée.

5- Le deuil de la présence permanente des enfants avec soi

J’entends par là qu’en cas de garde partagée entre les parents, l’enfant vivra en alternance entre deux domiciles. Il vivra des expériences, des rencontres nouvelles, aura des activités sans nous avec l’autre parent et éventuellement un beau-parent. On peut le vivre positivement ou négativement mais c’est un fait : l’enfant continue à vivre sans être en permanence sous le même toit, il y a une forme de séparation à laquelle il faut s’adapter. Il construit une partie de sa nouvelle existence sans nous. La tentation est forte de la surveiller, de la contrôler mais l’important est d’accepter cette séparation à laquelle nous ne sommes une fois de plus pas préparé(e)s.

6-Le deuil du lieu de vie commun

Pour des raisons souvent financières, la résidence principale est souvent quittée. Le déménagement s’impose, on ferme symboliquement la porte du passé et ses souvenirs liés au couple mais aussi aux enfants pour la porte d’un nouveau lieu de vie souvent plus petit et moins cher.  Pour des raisons pratiques, certains parents choisiront d’habiter à proximité. Pour des raisons financières, l’un des parents pourra être tenté de déménager très loin et là c’est le grand changement pour tout le monde.

7-Le deuil de certaines relations

Après une rupture, il n’y a pas que l’amoureux qu’on perd. La séparation ou le divorce crée toujours des vagues plus ou moins violentes dans l’océan de notre environnement familial ou amical. Le couple avait des amis en communs. La vérité, c’est qu’après la séparation, ces amis ne restent plus communs : soit ils prennent parti pour l’un au détriment de l’autre, soit de peur d’être contaminés par cet évènement, ils prennent le large et oublient les 2 parents purement et simplement. Au final, on se retrouve célibataire et avec moins d’amis que lorsqu’on était en couple. Ce n’est pas vraiment la définition de l’amitié. Les amis sont censés être là en cas de coup dur. Ca c’est la théorie. En pratique, il y a des surprises. Des bonnes et des mauvaises. Le deuil d’une ou plusieurs relations amicales, c’est différent du deuil amoureux mais ça n’est pas moins douloureux. Réaliser la perte de certains amis, même si on se dit que se séparer, permet de faire le tri entre les vrais et ceux en plastique, c’est toujours triste. Il en va de même pour la famille et les collègues proches. En théorie, les proches sont là pour nous soutenir quand on en a besoin. Mais la théorie, c’est un pays qui n’existe pas. Dans la vraie vie, certaines langues se délient et jugent. Je ne vais pas détailler cette réalité mais pour faire court, certaines réactions de nos proches, au lieu de nous soutenir nous enfoncent par des critiques, des méchancetés, des accusations aux choix d’égoïsme, d’immaturité, de bêtises voire des promesses d’un avenir sombre (liste non exhaustive)…Comme le dit le bon sens populaire, c’est quand on a des problèmes, qu’on reconnaît qui tient vraiment à nous et nous soutient. Les bonnes surprises, les personnes qui se déclarent présentes et bienveillantes nous mettent du baume au coeur et nous encouragent. Les mauvaises, les personnes de qui on attendait un soutien et qui nous délaissent, nous forcent à faire le deuil d’elles-mêmes car à quoi bon maintenir une relation qui n’apporte rien voire nous fait du mal quand on a vraiment besoin de soutien

8-Le deuil d’une certaine sécurité, du connu

Dans l’ancienne famille, il y avait le confort du connu. La sécurité de la routine. Des habitudes. Un budget précis pour les dépenses familiales, le logement, l’école, les vacances… Une routine peut être sécurisante ou mortelle mais elle a l’avantage de ne pas nous remettre en question. Et ne pas se remettre en question, c’est économiser de l’énergie, une ressource bien précieuse dans nos vies bien remplies.  En se séparant, c’est le grand saut dans l’inconnu. Dans nos vies hyper-planifiées, l’inconnu, c’est un risque. On sait pas où on met les pieds. Et ça fait peur surtout quand on a des enfants à nourrir et faire grandir. Tout le monde souhaite un avenir meilleur pour soi et ses proches. Mais quand on a pas été préparé(e) à la séparation, qu’on ne connaît pas ses limites et ses possibilités, avoir confiance en soi demande du courage. Il faut trouver un nouvel équilibre avec un parent et un seul salaire. Se réorganiser avec moins de ressources : moins d’argent et moins de temps. C’est un challenge surtout dans un société qui ne valorise pas, ni n’encourage les parents solos. Il faut s’en sortir sans se préoccuper du regard de la société. Faire preuve de débrouillardise, de créativité pour avancer.

9- Le deuil des parents idéaux 

 Je termine par celui-ci ce qui ne signifie pas que c’est le moins important. Les parents ont énormément de pression pour réussir l’éducation de leurs enfants dans un monde en crise où si l’on en croit les messages angoissants des médias, seuls les meilleurs s’en sortent. En tant que parent, on veut le meilleur pour ses enfants. On veut les protéger de la souffrance, du malheur..de tout ce qui est négatif. On veut qu’ils soient en bonne santé, épanouis, qu’ils réussissent leur vie et dans leur vie…Et donc on rêve d’être les meilleurs parents pour eux…Sauf qu’il y a des rêves qui se transforment en cauchemar et que la famille idéale avec un papa et une maman qui s’aiment et qui jouent à merveille vis-à-vis des enfants leurs rôles de transmetteurs de valeurs, qualités, talents restera virtuelle. Les parents idéaux, dans l’inconscient, en tout cas dans le mien, sont des parents qui restent ensemble. Faux : les meilleurs parents, ce sont ceux qui se respectent et se soutiennent pour le bien-être des enfants qu’ils soient ensemble ou séparés. Ca, c’est ma réflexion objective…Mais je sais qu’il y a encore un chemin à faire pour accepter dans mon coeur cette phrase pourtant pleine de bon sens

Et toi, que penses-tu de tous ces deuils ? Quelle est ton expérience ? 9 deuils, je trouve que ça fait beaucoup. Beaucoup pour une seule personne avec des enfants …Tout ça pour dire que devenir parent solo n’est pas simple. C’est un choc. Cette liste de deuils comprend de nombreux évènements connus comme stressants comme le divorce, le déménagement…Bref parent solo, ne reste pas isolé(e), trouve du soutien parce que c’est juste VITAL pour toi et tes enfants…Et prend le temps de faire tous ces deuils.  Ne minimise pas l’énergie que te demandent ta nouvelle vie.

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Le site de référence pour les parents en recherche d'épanouissement personnel après une séparation ou un divorce... Pour en savoir un peu plus sur moi, RV sur ma page "A propos" ;)

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